
25/09 > 11/10/2026
Sous la croûte
Isabelle Henry & Jeanne Wehrlin
Cette fois encore chez MELISSA ANSEL, c’est la connexion, c’est le lien qui prime. Cheveux, cordelettes, laines, fils, bas, broderies, pendentifs, chainettes, oui, mais pas que…
Le lien ultime, une osmose, un même espace, une même pratique. Un binome, de l’intime. Matrice et novice. Une fusion. Je + Je = On. Complices et déterminées, ISABELLE HENRY et sa fille JEANNE WEHRLIN, nous convient humblement dans leur vaisseau familial et fantasmagorique, un voyage intemporel et sans nostalgie. Comme la porte de la maison d’une très inspirante grand-mère, qui nous serait ouverte. Ou plutôt, entrouverte.
Ici, on assiste à une transmission pudique et subtile de l’art de la mise en scène, du détournement d’objets, des contrastes, du vingt-huitième degré, de l’attrait pour le décalage, les assemblages, l’absurde, la glauquerie, les acrobaties ludiques, une minutie foutraque, un œil cinématographique. Le gout des hasards, des pas de côté, de la bidouille finaude, de la réflexion. Il y a de la philosophie chez cet amphisbène. Et beaucoup d’humour.
Ici, on travaille l’insignifiant, le délicat, l’invisible, on lui donne chair, en ressenti et sans discours. Rien n’est vraiment prévu à l’avance. On y va, pas à pas. Depuis l’enfance. On ne peut pas s’en empêcher. Ça coule, ça vit. C’est le presque rien qui fait la différence. Surtout ne rien définir, ne rien enfermer. Ne pas faire exprès.
Ici, on se complète sans se copier, on monologue à deux voies. On donne de l’éclat, on fait reluire le banal pour en faire un objet de désir. On donne du sens à l’envie, ou l’inverse, à l’envi. On bricole, on chiade. On assemble. On dissemble. Ensemble. On erre, on tatonne, on intuitionne. On travaille beaucoup.
Nous, on se faufile. Et on se sent rapidement happé.es par la beauté et la bizzarerie des images élaborées. Ça allume une petite lumière là-haut, là où d’habitude, il fait tout noir. Nous aussi, on s’émancipe. De nos clichés, de nos préjugés. Nous sommes invité.es à nous désencroûter. A gratter. Alors grattons ! Appréhendons chaque couche. Grattons la croûte séchée. Ça pique un peu, ça peut saigner, ça fait mal peut-être mais ça fait du bien, ça laissera une trace sur la peau. Une cicatrice. C’est pas forcément joli, mais c’est une vie.
La croûte devient alors comestible, fine et croquante, on croustille, on partage. On se débarrasse de notre écorce, de nos écailles. On s’ouvre. On s’autorise. Sartre le dit ainsi : Il faut plonger sous la croûte superficielle de la réalité, du sens commun, de la raison raisonnante, pour toucher au fond de l’âme et réveiller les puissances immémoriales du désir.
Sous la croûte, c’est se réunir et ouvrir grand les yeux. Il y a toujours autre chose à voir, n’est-ce pas ? Sous les pavés la plage, sous le feu la glace, sous nos peaux nos carapaces. Et mine de rien, allègrement, sans forcément faire beaucoup de bruit, on défonce les simulacres et on ravive enfin, nos désirs enfouis.
© Cécile Maistre-Chabrol





